VAMPIRISEME

Depuis la nuit des temps, l'homme a matérialisé sa peur de la mort et du néant par l'apparition d'angoisses nocturnes. La spectropathie fondée sur l'hallucination de la vue et du toucher ainsi que la tristesse des sujets et les cauchemars allaient alimenter un climat contagieux de terreur collective dont le vampire est certainement la créature la plus connue. Parmi ces formes, l'animation démoniaque d'un cadavre est certainement la plus ancienne, on retrouve ces traces jusqu'à l'antiquité et au début du christianisme. Le démon pouvait prendre une forme corporelle attractive (succube) afin d'ajouter la possession physique à la possession psychique. Il pouvait se contenter à cette fin d'entrer en possession du corps d'un défunt et de le manoeuvrer comme un automate. Ces démons pouvaient prendre la forme d'une jolie fille pour les posséder et les sucer de leur sang , les égorger ou les dévorer. On distingue parmi ces " précurseurs " indirects des vampires :

Les Lamies :serpents ailés se terminant par une tête et un buste de femme. Dans la mythologie grecque, Lamia, autrefois belle jeune femme fut punie par la jalouse Héra qui tua tous ses enfants, pour se venger Lamia se métamorphosa en monstre, mangeant les nourrissons des jeunes parents.
Les Striges :démons femelles aillées munies de serres.
Les Empuses :spectres multiformes de la nuit pouvant se muer en monstres innommables ou en créatures de rêve.
Les Omosceles :démons aux pieds d'ânes qui s'attaquaient aux voyageurs égarés.

Une variante orientale de ces démons est la Goule qui d'après les Mille et une nuit erre dans les campagnes et se jette par surprise sur les passants pour les tuer ou le cas échéant se rend la nuit dans les cimetières se repaître de la chair des défunts. Pourtant vers le milieu du 18 ème siècle qu'on s'applique à nous dépeindre comme celui des lumières et du rationalisme, d'étranges cas sont signalés dans la lointaine Hongrie .... Elle est le théâtre d'abominations, on y' voit des hommes morts depuis plusieurs mois revenir, parler, marcher, infester les villages et sucer le sang de leurs proches. Pour ces malheureux villageois, une seule délivrance : l'exhumation du corps, l'empalement, la décapitation et l'extirpation du coeur. D'autres par contre entendent la nuit venue dans les cimetières les morts "mâcher" dans leurs tombeaux provocant un bruit semblable à celui qu'un porc fait en mangeant. Un fil ténu relie l'état vampirique à la démonologie, il réside d'une part dans les croyances folkloriques qui veulent qu'après leur mort, les loup garous deviennent vampires ; d'autre part dans le fait que les démons incubes empruntent souvent le véhicule des cadavres pour parvenir à leurs fins érotiques. Cadavres de sorciers, excommuniés, suicidés sont la nourriture diabolique d'une psychose infernale.

Delancre l'exprime clairement dans son Tableau de l'inconstance paru plus de cent ans avant le déclenchement de cette incroyable épidémie :

Les corps des morts ne sont jamais ôtés de leur repos par les bons anges ... Les démons seuls qui tourmentent les mortels et morts et vivants, ont accoutumés de s'en servir ... Les démons se joignent volontiers au corps des méchants et des damnés De nombreux intellectuels se penchèrent sur cet inquiétant problème qui n'avait rien de tellement nouveau puisque la Bible, Homere, Ovide l'avaient abordé par le biais de la nécromancie.
Plus édifiant encore sont les faits mentionnés dans de nombreux comptes rendus, des textes rapportent que l'évêque d'Olmütz en Moravie, devant la multiplication des plaintes des villageois de la région, mit sur pied des commissions d'enquêtes. Ces dernières recueillaient les témoignages, exhumant les corps suspecté de maléfice nocturne et procédaient à leur examen.

En cas d'absence de signe de corruption charnelle, les corps étaient soumis à une procédure judiciaire au terme de laquelle ils étaient livrés au bourreau pour être exécutes suivant un rituel particulier : Après leur avoir planté un pieu en plein coeur et coupé la tête, les restes étaient brûlés et les cendres dispersées. Ces commissions étaient généralement formés d'autorités ecclésiastiques, militaires, judiciaires et médicales.

Une anecdote tirées du livre de Michael Ranft " De masticatione mortuorum in tumulus liber " sur le cas de Mr Plogojowitz :

Après donc qu'on est exhumé le cadavre, on trouva que son corps n'exhalait aucune mauvaise odeur, qu'il était entier et comme vivant, à l'exeption du bout du nez qui paraissait un peu flétri et desséché. Que ses cheveux et sa barbe étaient crus, et qu'a la place de ses ongles qui étaient tombés, il en était venu de nouveaux ; que ses sous sa première peau, qui paraissait comme morte et blanchâtre, il en paraissait une nouvelle saine et de couleur naturelle, ses pieds et mains étaient aussi entiers qu'on les pouvait souhaiter dans un homme bien vivant. Ils remarquèrent aussi dans sa bouche du sang tout frais, dans l'indignation ou se trouvaient tous les assistants, on envoya aussitôt chercher un pieu bien pointu, qu'ils enfoncèrent dans la poitrine du vampire, d'ou il sortit quantité de sang frais et vermeil, de même que par le nez et la bouche. Après cela les paysans mirent le corps sur un bûcher, et le réduisirent en cendres

Ce type de procès aux défunts se multiplièrent au début du XVIII eme siècle en Europe centrale et orientale, c'est l'Abbé benedictain Dom Augustin Calmet qui synthétise le mieux les préoccupations en rassemblant nombre de témoignages et de compte rendus dans son " Traité sur les apparitions des anges, des démons et des esprits et sur les revenants, et vampires de Hongrie, de Bohème, de Moravie et de Silésie " de 1751. Une étude qui connut un succès dans pareil, Jean Jacques Rousseau dans une lettre à l'archevêque de paris, s'avouait étonné par l'abondance de témoignages autorisés. Voltaire dans son dictionnaire philosophique relevait le paradoxe suivant :

Les chrétiens d'Occident considéraient ces corps comme un signe de béatitude tandis que pour les chrétiens d'Orient, il s'agissait d'un signe de damnation Cette multitude de textes nous démontrent comment les superstitions et les terreurs ancestrales exerçaient leurs influences sur les esprits ou chacun suivant la remarque du célèbre criminologiste Le Dr Locard " On tremblait à l'idée de s'éveiller dans un tombeau ". Depuis très longtemps le peuple des campagnes avait constaté que les démons hantaient les cimetières, obligeant les personnes disparues soupçonnées de vampirisme de dévorer leur suaire. Ce bruit résultant de cette mastication passait pour annoncer l'éclosion de la peste et entraînait la violation et la mutilation des cadavres. Deux illustres savants :Phillipe Retrius, auteur d'un traité De masticotione mortuorum de 1679 et Michael Ranft, à qui l'on doit un De masticatione mortuorum in tumulus de 1728 devaient accréditer l'hypothèse selon laquelle certains défunts dévoraient dans leurs tombeaux tout ce qui s'y trouve. Toujours selon Dom Calmet la coutume voulait qu'on mît une motte de terre sous leur menton ou qu'on leur serrât la gorge lors de la mise en bière.

On tentera de répondre à ces cinq questions :

Les morts mâchent-ils en faisant du bruit avec la bouche ?
Dévorent ils leur linceul ?
Sont ils le plus souvent de sexe féminin ?
Se manifestent ils seulement en temps de peste ?
Causent ils la mort de leurs proches ?

Quelques réponses :

Les morts dévorent ils leur vêtement ?

Or les rapports fournis sur les morts qui mâchent, en majorité s'accordent pour dire que le mort a dévoré et avalé de ses vêtements funéraire tout ce qu'il a pu atteindre avec sa bouche. Or le cas Hongrois que nous nous efforçons d'examiner ne nous livre pas d'information semblable. Exhumé, Plogojowitz avait tous ses vêtements encore intacts. La seule chose qui semble appartenir a ce motif est le sang qu'on a trouvé dans la bouche et que l'on a cru sucé par lui sur des gens qu'il avait tués. Les serpents carnivores : peut il en naître de la moelle des os ? Il existe plusieurs espèces de créatures qui se nourrissent de chair humaine et qui peuvent facilement descendre dans les tombes pour y ronger les cadavres. la première place revint aux serpents dont on constate le goût pour la chair tendre .

Cause de la voracité des morts :

Nous pensons que les serpents élisent domicile dans les cadavres et que ce sont eux qui tirent les étoffes

Le sexe féminin :

Toute pierre est bonne à ramasser pour la lancer sur la réputation de la femme

Pourquoi la devoration des cadavres ne s'observe qu'autour de la bouche ?

Nous répondons :c'est parceque ces parties là sont dénudées, la coutume veut que le corps soit couvert avant l'ensevelissement par les vêtements funéraires, à l'exemption du visage et des mains, ainsi les autres membres restent généralement hors d'atteinte dans les tombeaux mais les mains, du fait de leur maigreur n'offrent guère de pâture aux petites bêtes, en revanche le visage et le cou, charnue et d'un tissu riche en graisse sont les parties les plus tendres à manger et constituent donc une proie plus facile à manger.

Un raisonnement logique nous permet d'expliquer l'apparition de ces superstitions par :

Inhumations précipitées à la suite de prénomenes cataleptiques ou d'épidémies hautement contagieuses.
Croyances et superstitions relatives a la méchanceté des disparues.
La mort des suicidés dont les villageois se sentaient plus ou moins responsables.
La conservation " miraculeuse " des cadavres par des terrains riches en arsenic.
la porphyrie :anomalie du métabolisme entraînant des malformations dentaires et incitant à réclamer des absorptions de sang

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